En juillet 2021, la Belgique a connu une des plus grandes inondations de son histoire. Notarius a rencontré, trois ans après, les notaires Catherine Laguesse et Geneviève Stockart dont l’étude située à Ensival (Verviers) a subi de plein fouet le débordement de la Vesdre.
Quelle était la situation le mercredi 14 juillet 2021 ?
Maître Geneviève Stockart : « Ce jour-là, je suis restée à l’étude avec quelques collaborateurs jusque 23h pour tenter de limiter la montée des eaux. Il n’y avait déjà plus d’électricité et nous espérions que la décrue (annoncée) allait faire baisser le niveau. Le serveur était en cave et nous l’avons remonté au rez-de-chaussée pensant le mettre à l’abri. »
Maître Catherine Laguesse : « J’étais personnellement en vacances mais j’ai été réveillée à 3h30 du matin dans la nuit du 14 au 15 juillet par l’alarme du bureau. J’ai appelé Geneviève qui a essayé de gagner l’étude. Les forces de l’ordre l’ont heureusement empêchée d’y accéder : il y avait déjà des personnes décédées pour être restées coincées dans leurs voitures. »
G.S. : « Ce n’est que le jeudi vers 16h, après la décrue, que j’ai pu pénétrer dans nos locaux. C’était la désolation. Le niveau d’eau avait atteint 1,80 m au rez-de-chaussée. Tout était saccagé. La porte du local d’archives a été couchée par la violence des flots. Les dossiers se trouvant sur les bureaux jonchaient le sol dans une épaisse couche de boue. Même l’armoire blindée qui contenait les testaments n’a pas résisté à l’eau. »

Comment avez-vous vécu émotionnellement ces terribles moments ?
C.L. : « Lorsque nous avons vu l’état des lieux, nous étions dévastées et nous ne savions pas par où commencer. Puis avec beaucoup d’aide et de conseils, nous avons relevé nos manches. Evidemment, c’était très éprouvant sur le plan physique et mental. Nous avons très peu dormi et étions en perpétuel questionnement sur la manière d’agir.
Il y a eu beaucoup de décisions importantes à prendre en très peu de temps et souvent dans des conditions de tension et de stress : comment gère-t-on les testaments sinistrés ? Dans quels locaux s’installe-t-on ? Que faire avec les minutes ?, etc. »

Et la suite ?
G.S. : « Avec nos collaborateurs et nos amis, nous avons ramassé ce qui paraissait pouvoir être encore sauvé. Les actes ont été transportés dans un entrepôt et étalés pour les faire sécher. Ce n’était pas suffisant car des bactéries auraient pu se développer, ce qui aurait tout ruiné irrémédiablement. Nous avons alors confié les minutes à une entreprise de cryogénisation. C’était, selon nos renseignements, le traitement le plus efficace. »
Vous avez été soutenues ?
C.L. : « Oui, heureusement. La Chambre provinciale s’est démenée pour nous aider à nous installer très vite dans des locaux provisoires. Le 29 juillet, nous recevions la visite de la Présidente de Fednot (faisant fonction à l’époque) Katrin Roggeman et de son Directeur général, Jan Sap, sans compter toutes les petites aides au quotidien. La confraternité, cela fait du bien dans ces moments-là. »
Et du côté des assurances ?
C.L. : « Aucun problème avec les Assurances du Notariat. La collaboration a été parfaite et l’intervention rapide. Je ne puis pas en dire autant des autres intervenants, raison pour laquelle nous n’avons récupéré nos minutes (de la part de la société qui devait les traiter) seulement que cette année, soit près de 3 ans après le sinistre ! »
Dans quel état ?
G.S. : « Meilleur que ce que l’on craignait. Le papier timbré a bien résisté. Il est revenu parfaitement sec, parfois un peu cassant. Les encres ne se sont pas diluées, sans doute grâce à la compression des archives. La grande majorité des actes est encore facilement lisible. Pour les documents sous seing privé sur papier ordinaire, c’est autre chose. »
Il a fallu remettre de l’ordre dans tout cela, je suppose ?
C.L. : « En effet. Les minutes nous sont revenues pêle-mêle dans de grandes caisses, heureusement déjà rassemblées par année, de 1946 à 2021.
Vous imaginez le travail. Il fallait reclasser les minutes par ordre de leurs numéros, noter les manquants, remplacer les chemises trop abimées, décoller certaines pages, glisser le tout dans de nouvelles boites, les ranger à nouveau… »
G.S. : « Fort heureusement, une équipe de notaires honoraires s’est proposée pour faire le job. Une petite dizaine de confrères se sont relayés pendant une semaine dans nos bureaux pour effectuer, avec nous, tout le reclassement. »
C.L. : « C’était un travail précis et minutieux. Nous avons tout de suite vu qu’ils n’en avaient pas perdu l’habitude. Et puis, il ne fallait pas leur expliquer ce qu’était un répertoire ou la différence entre une minute, une expédition et une grosse ! »

En quelque sorte, après le cauchemar, le rêve ?
C.L. et G.S. : « C’est un peu cela. Mais nous nous serions bien volontiers passées du cauchemar. »

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