Toutes les personnes actives dans le notariat ne suivent pas un parcours traditionnel. Au contraire, il arrive que l’envie de travailler dans une étude notariale ne vienne qu’après une expérience dans un autre secteur. Notarius s’est entretenu avec 2 personnes ayant opéré un tel changement de carrière : voici l’histoire d’une ancienne hôtesse de l’air.
De hôtesse de l’air à master en notariat
Dorien Boodts, 43 printemps, nous raconte son histoire avec l’enthousiasme et l’énergie qui la caractérisent. Dorien a obtenu son master en droit à l’âge de 39 ans, tout en combinant les études requises avec le métier d’hôtesse de l’air.
Un véritable tour de force. Comment avez-vous réussi cet exploit ?
Dorien Boodts : “Je suis, par la force des choses, devenue une spécialiste de la planification. Pendant des années, j’ai eu un grand calendrier avec plusieurs couleurs pour les jours où je volais avec KLM avec plusieurs nuits à l’étranger, les jours de repos que je réservais pour étudier à la maison et les quelques jours que je gardais pour faire quelque chose avec mon mari, mes amis ou ma famille. Je me suis en effet privée de nombreuses sorties et fêtes de famille pendant des années.
Et lorsque je devais rester plusieurs jours à l’étranger pour KLM, je choisissais souvent les destinations les plus ennuyeuses : des villes comme Lima, des endroits qui offraient peu d’attraits pour que je puisse facilement me retirer dans ma chambre d’hôtel pour étudier. Dans d’autres villes comme Buenos Aires ou Édimbourg, je m’installais dans la bibliothèque de l’université locale pour étudier. Cela ne posait aucun problème là-bas.
Je prenais aussi toujours mes vacances pendant les périodes d’examens, comme janvier, juin et août. C’était souvent possible, mais pas toujours. Pendant mes études de droit, j’ai un jour passé un examen pour le cours de déontologie après avoir fait un vol de nuit Curaçao-Schiphol et n’avoir atterri aux Pays-Bas que vers 6 heures du matin. J’ai juste eu le temps de passer me rafraîchir à la maison, dans les environs de Gand, avant de passer l’examen à 13 heures. Un moment de pure adrénaline ! Mais avec une note de 18 sur 20, c’est le meilleur examen que j’ai jamais passé !
J’ai aussi bien examiné quelle université offrait le meilleur programme pour les étudiants travailleurs. J’ai donc fait mon bachelier à la Kulak (le campus de la KULeuven à Courtrai), mon master en droit à l’UGent et mon master en notariat à la KULeuven.
J’ai bien entendu aussi pu compter sur le soutien de mon mari pendant toutes ces années. Nous n’avons pas d’enfants, ce qui m’a permis de me consacrer à fond à mes études. Parce que c’est ma devise : quand on veut vraiment quelque chose, il faut foncer !”
Comment une hôtesse de l’air décide-t-elle de faire des études de droit et puis encore un master de spécialisation en notariat ?
Dorien Boodts : “En fait, à mes 18 ans, mon but n’était pas de devenir hôtesse de l’air. À l’époque, je pensais que c’était un job pour les jolies filles bien apprêtées, ce qui ne correspondait pas à l’image que je me faisais de moi-même. Mais j’ai toujours été fascinée par les histoires des gens. Au départ, je voulais écrire des récits de voyage.
J’ai donc commencé par des études de journalisme pendant 3 ans, puis j’ai encore fait 1 an en management du tourisme et des loisirs. C’est au cours de cette dernière formation – j’avais 22 ans à l’époque – que j’ai eu envie de travailler dans l’aviation. C’est comme ça que j’ai commencé à travailler comme hôtesse de l’air peu après la fin de mes études. Avec mon premier employeur, Denim Air, j’ai souvent volé vers l’Afrique et de Dakar vers les pays voisins du Sénégal : une chouette période où j’ai vécu les choses les plus folles avec les passagers, comme cette passagère qui avait caché deux bébés sous sa tunique pendant le vol… Pour de nombreux passagers africains, prendre l’avion est une expérience unique. Cette période m’a appris à rester cool en toutes circonstances, dans l’espoir que les choses s’arrangent.
Curieusement, c’est à KLM que je dois ma décision de faire des études de droit. La compagnie offre spontanément un accompagnement de carrière à ses collaborateurs afin de leur permettre de découvrir quels autres postes pourraient leur convenir. Les tests que j’ai effec tués ont révélé que j’avais une âme de juriste. De plus, en tant qu’hôtesse de l’air, je souffrais du décalage horaire.
J’avais aussi besoin d’une plus grande stimulation intellectuelle. C’est pour quoi j’ai commencé des études de droit à 33 ans, sans toutefois avoir l’intention de quitter KLM, parce que je pensais que je pouvais également signifier quelque chose pour la compagnie en tant que juriste.
Mon envie de me tourner vers autre chose est venue lorsque, pendant ces études de droit, j’ai fait un stage de 3 mois au parquet de Gand. Un autre monde s’est alors ouvert à moi et l’ambition de devenir magistrat du parquet a grandi. Jusqu’à ce que j’entende qu’un notaire d’Alost, Maître Lingier, cherchait un collaborateur. Lorsqu’il m’a décrit le travail d’un juriste notarial, j’ai tout de suite pensé que c’était tout à fait ce que je voulais faire. Justement parce que j’aime tant écouter ce que les gens ont à raconter. En tant que juriste notarial, nous sommes en contact direct avec les gens ; en tant que magistrat du parquet, nous lisons uniquement leurs témoignages dans un dossier pénal.
J’ai donc commencé à travailler pour le notaire Lingier en octobre 2020, après avoir obtenu mon diplôme en droit en juin de la même année, soit à 39 ans. Entre temps, j’y travaille avec beaucoup de plaisir depuis quatre ans. Cette année, j’ai obtenu mon master de spécialisation en notariat avec l’intention de me présenter au concours notarial assez rapidement. J’ai en effet l’ambition de devenir notaire.”
Considérez-vous votre expérience en tant qu’hôtesse de l’air comme un avantage aujourd’hui ?
Dorien Boodts : “Oui, bien sûr. Parce que je sais interagir avec toutes sortes de personnes, je sais ‘lire’ les gens. J’ai également appris à mettre de côté les idées préconçues et à ne pas avoir une vision étroite du monde. Il peut être très instructif d’écouter attentivement les gens et de rebondir sur ce qui est en apparence un détail dans ce qu’ils racontent. Un autre avantage : j’essaie toujours de résoudre les problèmes urgents rapidement et de manière pragmatique. Car en cas de problème avec un passager en plein vol et à des milliers de mètres d’altitude, il faut, en tant qu’hôtesse de l’air, savoir rapidement trouver une solution pour garder le contrôle de la situation.”
Pouvez-vous donner un exemple concret tiré de la pratique notariale ?

Dorien Boodts : “Si on est sur le point de passer un acte de vente et que les acheteurs signalent que le bien acheté n’a pas encore été entièrement vidé, on ne va pas annuler toute la vente. Dans ce cas, on suggère de bloquer une partie du prix d’achat jusqu’à ce que les vendeurs aient complètement vidé le bien. On fait donc preuve d’un peu plus de pragmatisme que quelqu’un qui vient de sortir de l’université. On peut déjà un peu plus sortir des sentiers battus qu’un nouveau venu qui s’en tient scrupuleusement au code.”
Le notariat a-t-il encore des choses à apprendre du secteur de l’aviation ?
Dorien Boodts : “Oui, et je pense en particulier à l’orientation client. Il faudrait faire en sorte que la visite chez le notaire soit une expérience encore plus positive. Cela peut se faire en prévoyant de petites attentions. Supposons qu’une partie ait son anniversaire le jour de la passation de son acte : pourquoi dans ce cas ne pas joindre une carte d’anniversaire à l’acte ? Ou par exemple ‘liker’ le tout nouveau site web d’un entrepreneur débutant qui est venu chez le notaire pour la constitution de sa société ? Je montrerais encore plus que le notaire se soucie vraiment de son client et je veillerais encore plus à ce que ce sentiment positif persiste chez le client.”
Qui est Dorien Boodts ?
- Née en 1981
- A étudié le journalisme à l’Arteveldehogeschool à Gand et a ensuite fait une année en management du tourisme et des loisirs à Malines
- A travaillé comme hôtesse de l’air de 2006 à 2020, d’abord chez Denim Air, puis pour KLM
- A étudié le droit entre 2014 et 2020 avec le statut d’étudiant travailleur
- A commencé à travailler en tant que juriste chez le notaire Lingier à Alost en novembre 2020
- A obtenu un master de spécialisation en notariat à la KULeuven en 2024.

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