Toutes les personnes actives dans le notariat ne suivent pas un parcours traditionnel. Au contraire, il arrive que l’envie de travailler dans une étude notariale ne vienne qu’après une expérience dans un autre secteur. Notarius s’est entretenu avec 2 personnes ayant opéré un tel changement de carrière : voici l’histoire d’un ingénieur industriel en construction.
Les personnes fraîchement diplômées qui font leurs premiers pas sur le marché du travail n’ont généralement pas encore de plan de carrière bien défini et se disent qu’elles verront bien où les mèneront leurs premières expériences professionnelles. C’est également le cas de Philip Gielis, qui travaille maintenant depuis plus de 5 ans au sein de l’étude notariale Vercouteren - Louagie - Van Goethem à Beveren, où il est notamment en charge de la gestion journalière.
Rien ne laissait pourtant présager que Philip Gielis travaillerait un jour dans une étude notariale. Au contraire, dans sa jeunesse, l’ingénieur industriel en construction rêvait d’un emploi dans le secteur maritime, en raison de sa fascination pour les grands navires de mer.
C’est pourquoi, après ses études d’ingénieur, il a encore étudié les sciences maritimes et la logistique à l’université d’Anvers pendant un an.
C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à l’âge de 24 ans dans l’entreprise de logistique Nova Natie, et un peu plus tard chez CEVA Logistics, un grand groupe du secteur. Philip Gielis s’y voit rapidement confier des responsabilités importantes. Au bout de 3 ans à peine, il y dirige déjà une équipe de 40 magasiniers et se voit également confier un rôle commercial : la satisfaction des clients.
Vous aviez toutes les cartes en main pour faire une carrière dans la logistique. Comment se fait-il que vous vous soyez tourné vers le notariat ?
Philip Gielis : “Indépendamment du fait que je n’ai pas vu un seul navire tout au long de ma carrière dans le secteur logistique, j’ai eu un premier déclic vers l’âge de 30 ans. J’ai pu constater à quel point les choses peuvent être difficiles dans les grandes entreprises. De bons collaborateurs qui ont travaillé avec loyauté pour un employeur pendant plusieurs décennies sont parfois mis sur la touche du jour au lendemain. Dans les grandes entreprises, les intérêts stratégiques de certains individus compromettent souvent l’efficacité de la collaboration. Ce constat a mis un frein à mon ambition de faire carrière à l’international au sein d’une grande entreprise.
J’ai donc décidé de changer de cap et de travailler comme consultant pour Moore Stephens Belgium (connu depuis 2019 sous le nom de Moore, ndlr). En tant que consultant stratégique, je conseillais diverses petites et grandes entreprises. Je donnais également des formations sur la gestion de la chaîne logistique, la politique du personnel, le marketing et les aspects financiers de la gestion d’entreprise. J’avais dans l’intervalle également suivi une formation en finance d’entreprise à la Vlerick Business School. Pourtant, même en tant que consultant, je restais sur ma faim : élaborer des plans pour une entreprise sous la forme d’une présentation PowerPoint coûteuse apporte peu de satisfaction si ces plans ne sont pas utilisés par la suite parce que vous ne pouvez pas aider l’entreprise en question à les mettre en œuvre.
À cela s’ajoute que mon épouse, Barbara, était entre-temps devenue notaire dans l’étude de mon beaupère, Joost Vercouteren. Sa propre expérience m’a de plus en plus donné envie de travailler pour une entreprise de plus petite taille.
En avril 2019, j’ai commencé à travailler à temps partiel à l’étude. Ceci, dans un premier temps, pour apprendre à connaître le fonctionnement d’une étude notariale, pour seconder ma belle-mère, qui s’était toujours consacrée à la gestion de l’étude, entre autres, et pour soutenir les gestionnaires de dossiers. Lorsque, fin 2019, la suppression du bonus logement a engendré une énorme charge de travail pour les études notariales, je suis passé au notariat à temps plein. Certains anciens collègues et connaissances ont réagi à la nouvelle en prenant un air apitoyé, en raison de la fausse idée reçue selon laquelle seul le notaire a un rôle essentiel à jouer au sein de l’étude. Entre-temps, je sais ce qu’il en est. Une étude notariale exige un bon travail d’équipe et j’ai beaucoup de respect pour les collègues qui sont tous des experts dans leur domaine et qui travaillent un peu plus dans l’ombre. Il est donc surprenant que de nombreuses personnes veuillent encore s’adresser ‘uniquement au notaire’.”
Vous n’avez jamais ressenti le besoin de faire des études de droit en plus ?
Philip Gielis : “La valeur ajoutée nous semblait limitée ici. L’expertise juridique qui existe en interne est suffisante. Si quelque chose n’est pas clair pour moi, je peux toujours m’adresser à l’un des collègues juristes. Parce que je lis bel et bien les informations juridiques. Pour les problèmes juridiques de moindre importance, je peux également distiller la solution à partir de la doctrine. Me tenir au courant de l’actualité juridique est également une nécessité, car je consacre la moitié de mon temps à l’accompag nement de clients qui veulent vendre une maison. Je leur explique alors quelles options s’offrent à eux et je les guide jusqu’au moment où le compromis est conclu. Le reste du temps, je m’occupe de la gestion de l’étude : gestion des ressources humaines, suivi de l’infrastructure informatique, suivi des rénovations, préparation de l’association récemment créée avec Jean-Baptiste Louagie et Lien Van Goethem, etc.
Ce qui me manque parfois, c’est la ‘mentalité juridique’ typique : en cas de problème, le juriste applique la loi dans l’espoir qu’une solution se dégage, mais à l’exclusion de tous les risques possibles. Alors qu’en logistique, j’avais toujours appris à trouver une solution concrète à un problème donné, même si cette solution comportait parfois des risques infimes.”
Votre expérience dans un autre secteur présente-t-elle des avantages ?
Philip Gielis : “Je pense que d’autres secteurs sont davantage axés sur les processus, un mode de fonctionnement que j’essaie d’introduire dans l’étude notariale, en particulier en ce qui concerne la gestion de l’étude. Du fait de mes expériences antérieures, je suis aussi très attentif aux besoins concrets du client et j’essaie également d’encourager les autres collaborateurs à analyser ces besoins. Quel problème le client rencontre-t-il exactement? Quels processus devons-nous mettre en place pour l’aider au mieux? Quel collaborateur est le mieux placé pour informer le client et comment organiser cet accompagnement sans surcharger ce même collaborateur ? Comment faire en sorte que certains clients puissent avoir un rendez-vous dans la semaine? Pour quels dossiers un rendez-vous à l’étude peut-il attendre un peu? Dans une structure plus grande – l’étude compte entre-temps 4 notaires et 17 collaborateurs –, il n’est plus possible d’organiser tout cela en se fiant à son intuition ou à la va-vite.
Je veille également à ce que l’infrastructure informatique soit toujours à jour et à ce que chaque collaborateur dispose d’un ordinateur portable en bon état de marche.”

Quel regard portez-vous sur ce changement de carrière ?
Philip Gielis : “J’adore pouvoir travailler dans une structure familiale plus petite. Au début, je craignais un peu de ne plus ressentir les frissons que procure un job de consultant ou qui vont de pair avec un poste au sein d’une multinationale. Là, s’envoler vers Boston, Barcelone ou Stockholm est monnaie courante, et la réussite d’un projet important en commun avec les collègues (au niveau international) donne un véritable coup de fouet. Mais ces craintes se sont avérées injustifiées. Aujourd’hui, je rentre très souvent chez moi avec un sentiment de satisfaction, parce que j’ai pu aider des gens à résoudre un problème qu’ils qualifient eux-mêmes de ‘grave’. Ou parce que j’ai pu soulager un collègue d’une partie du travail… Non, pour l’instant, je n’envisage pas de quitter le notariat.”
Qui est Philip Gielis?
- Né en 1987 ;
- Obtient son diplôme d’ingénieur industriel en construction à la Haute Ecole Artesis d’Anvers en 2009 ;
- Etudie l’année d’après les sciences maritimes à l’Université d’Anvers ;
- Entame une carrière dans la logistique en 2010 ;
- Consultant pour Moore Stephens Belgium depuis 2016 ;
- En poste depuis 2019 à l’étude notariale Vercouteren (devenue entretemps l’association Vercouteren-Louagie-Van Goethem).

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