A la recherche de la personne derrière la notaire Goedele Vandekerckhove.
Depuis plus de 10 ans, Maître Goedele Vandekerckhove est porte-parole de Notaris.be, un
rôle qu’elle remplit avec beaucoup d’empathie. Par ailleurs, en tant que Go Between, elle
relaie auprès de Fednot les préoccupations des notaires anversois. Son attachement au cercle
anversois n’est pas nouveau. En effet, de 2014 à 2015, elle a occupé le poste de présidente de la
Chambre provinciale et, entre 2020 et 2024, elle était également présidente de la Conférence
d’Anvers. Rencontre avec une notaire qui se consacre sans relâche à sa profession.
Nous sommes le mercredi 11 février 2026, vers 13 heures. C’est à cet instant que Radio 1 proclame ‘vertrekrekker’ comme un mot qui manque dans la langue néerlandaise. Vous vous êtes déjà sûrement retrouvé dans cette situation : vous êtes sur le point de partir d’une réception, vous avez déjà enfilé votre manteau, mais au moment de dire au revoir, vous vous remettez à discuter, repoussant sans cesse votre départ.
Au moment même où nous essayons de clore l’interview, le mari de Maître Vandekerckhove lui envoie le ‘mot manquant’ en question par SMS. “Eh oui, Barend (le consultant Barend Blondé, ndlr) estime lui aussi que je fais partie de la catégorie des ‘vertrekrekkers’”, plaisante-t-elle. “Et il déteste ça. Quand nous allons à des évènements et qu’il me fait signe qu’il veut rentrer à la maison, je me remets à parler à d’autres personnes. Et avant même de m’en rendre compte, une heure s’est déjà écoulée.”
On peut facilement imaginer la situation, car Maître Vandekerckhove n’est pas du genre à manquer de mots. Elle aime parler avec enthousiasme d’un tas de choses qui la passionnent ou qui lui tiennent à coeur. Bien sûr, en premier lieu, il y a ses 4 enfants, même si son rôle de notaire l’a souvent tenue éloignée. “Je me suis souvent sentie comme une maman fort occupée qui court dans tous les sens. Mais j’espère que mes enfants sont conscients que je suis là pour eux quand ils ont besoin de moi. Tout comme je souhaite être présente pour mes confrères, mes collaborateurs et mes clients. ‘Catch me if I fall’. Pourvu que les gens se rendent compte que je peux être ce filet de sécurité.”
Y a-t-il une anecdote qui vous revient à cet égard ?
Goedele Vandekerckhove : “Je me rappelle, il y a 17 ans, le jour de la passation d’un acte de crédit, je me sentais nauséeuse. J’aurais pu reporter, mais j’ai refusé de le faire. Car il s’agissait d’une famille qui traversait à ce moment-là une période très difficile. Alors que la mère se remettait d’un cancer du sein, l’un de ses 4 enfants, son fils, est tombé en faisant du trampoline. Il s’est cassé le cou. Depuis, il est paralysé à partir des épaules, à vie. Les parents ont été contraints d’adapter leur logement et avaient de ce fait, un besoin urgent d’argent. L’acte a donc été passé à la date convenue. Mais j’ai dû interrompre la lecture de l’acte pour aller vomir, ce qui était vraiment très embarrassant. Même avec tous les problèmes auxquels ils devaient faire face, ils s’inquiétaient surtout pour moi. Ils m’envoient encore chaque année une carte de Noël, en signe de gratitude. Ce sont des attentions qui me vont droit au coeur.”
“ Notre rôle de personne de confiance fait également la beauté de notre métier.”
Y a-t-il également des objets qui vous touchent particulièrement ?
Goedele Vandekerckhove : “La plaque en cuivre sur laquelle sont gravés les noms des présidents successifs de la Conférence d’Anvers. Elle se trouve au greffe de la Maison des notaires d’Anvers, mais je l’ai prise en photo. Sur cette plaque, mon nom figure exactement à la même hauteur que celui de mon père. Nous avons tous 2 été présidents de la Conférence d’Anvers et de la Chambre provinciale. En tant que père, il était quelque peu distant. À l’âge de 57 ans, il a été victime d’un arrêt cardiaque qui l’a contraint à vivre avec un handicap pendant les 22 années suivantes. Lorsque, tant d’années plus tard, j’ai été admise à l’‘Orde van de Uil’ (littéralement ‘l’Ordre de la Chouette’), une distinction décernée aux notaires qui se sont particulièrement illustrés au sein de la société locale, mon père en a eu les larmes aux yeux. Cela m’a profondément touchée. Entre-temps, mon père est décédé, mais cette plaque symbolise à mes yeux notre lien.”
“L’arrêt cardiaque de mon père m’a ‘propulsée’ dans la profession à l’âge de 29 ans. J’étais alors à un stade avancé de ma grossesse et j’hésitais. C’est le notaire André Michielsens qui m’a convaincue de passer le concours pour devenir notaire. Il estimait d’ailleurs que ‘je le devais bien à mon père’.”
Êtes-vous également attachée aux objets du passé ?
Goedele Vandekerckhove : “Tout à fait. J’adore fouiner dans les brocantes, les magasins d’occasion et offrir une seconde vie aux objets. Je ne m’en cache pas. Un parfait exemple, ma tenue du jour : je porte une jupe qui appartenait à ma belle-mère décédée. Ici, dans ma salle d’actes, je conserve un acte de vente datant de 1762, de la période du régime autrichien. (La notaire Vandekerckhove sort l’ancien acte avec enthousiasme). Lisez la formule de clôture : “Convaincus de bonne foi qu’ils ne s’interpelleront plus ni ne s’inquiéteront plus à ce sujet.” Cette phrase est magnifique ! Le notaire met les accords par écrit. Après, les parties n’ont plus à discuter ni à envoyer leurs hommes de main pour faire le coup de poing, comme cela se faisait apparemment autrefois.”
“Sur ma table de chevet se trouve actuellement un livre de l’auteur A.J. Maren intitulé ‘Omdat het anders niet bestaat’. Cela part du constat que nous ressentons tous parfois le besoin de confier quelque chose à quelqu’un d’autre. Si on ne peut pas en parler, cela n’existe pas.”

Comment voyez-vous l’avenir ?
Goedele Vandekerckhove : “Je ne veux pas être pessimiste. J’ai récemment lu une citation pertinente du philosophe bulgare Ivan Krastev dans le journal De Standaard. J’ai conservé cet article. Krastev affirme que l’Occident a besoin d’un projet, et non de sombres scénarios d’avenir nourris par le présent avec la baisse de la natalité, le réchauffement climatique, les tensions géopolitiques, etc. Nous avons surtout besoin d’espoir et de perspectives, et je suis convaincue que ce sont les jeunes générations qui peuvent nous les offrir. Je connais beaucoup de jeunes gens inspirants et créatifs, qui peuvent travailler à ce nouveau projet d’avenir, y compris des juristes.”
Restons dans le présent : si vous deviez partir quelque part, où aimeriez-vous passer quelques jours ?
Goedele Vandekerckhove : (sans la moindre hésitation) “À Ostende ! Une ville un peu ‘décalée’ avec des habitants extrêmement authentiques. Les Ostendais ne se soucient guère de l’afflux massif de nouveaux arrivants dans leur ville. Je trouve que c’est un ‘melting pot’ fascinant où se côtoient des gens de tous horizons. J’aimerais bien passer un peu de temps sur le toit du Thermae Palace, à philosopher avec Kamagurka. J’adore son humour, précisément parce qu’il se moque des ‘complaintes et des lamentations.”
Une dernière question : quelle actrice pourrait jouer le rôle de votre vie ?
Goedele Vandekerckhove : “Je sais que Barend aurait aimé que je réponde ‘Sandra Bullock’.” Une éventualité qu’elle balaie d’un sourire. “Je préfère de loin ‘Reinhilde Decleir’, une actrice formidable et engagée socialement qui, grâce à quelques scènes mémorables et hilarantes, nous a confrontés à la relativité de notre existence et sa fugacité.”

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